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Du 1er au 12 juillet, la 6e édition du festival international du film Paris Cinéma s'est déroulée entre autres au MK2 Bibliothèque, Gaumont Marignan, Le Latina, Balzac et la Cinémathèque française. Cette année une quinzaine de longs métrages et autant de courts métrages étaient présentés en compétition, ainsi que 27 avant-premières en présence de leurs réalisateurs.
Parmi les invités d'honneur de cette édition, un hommage a été rendu au réalisateur finlandais Aki Kaurismäki avec une présentation complète de son travail et un ciné-concert de son film Juha (1999) et une soirée spéciale a été organisée en l'honneur du réalisateur canadien David Cronenberg au cours de laquelle son film La Mosca (1987) a été projeté dans une nouvelle copie.
Après le Brésil, la Corée et le Liban, les Philippines ont été mises cette année à l'honneur d'un programme spécial de 30 films contemporains, afin de célébrer le remarquable renouveau de sa cinématographie, de découvrir ses nouveaux talents et l'énergie artistique naissante d'un pays Latino, Insulaire et catholique au coeur même de l'Asie.

Les films en compétition

Versailles (Pierre Schoeller, France, 2008) est l'histoire de Nina, une jeune femme sans travail ni famille, qui doit vivre dans la rue avec Enzo, son fils de cinq ans. L'errance permanente les emmène dans les forêts de Versailles où ils entrent en contact avec Damien, un homme qui vit seul dans sa cabane, loin de la civilisation.
Tout au long de l'intrigue, il y a des couples d'opposés qui renvoient aux théories philosophiques de Jean-Jacques Rousseau, dans les écrits duquel il oppose la nature à la culture, entendue comme art, technique, droit, institution et société. Pour Rousseau, la nature signifiait tout ce qui nous relie sans médiation à notre origine. Au lieu de cela, le vice, les mensonges et la violence viennent de la société et de la culture. L'homme est naturellement bon mais a été corrompu par le désir de pouvoir, de possession et de domination appris dans la sphère sociale.
Le Damien de Versailles est l'exemple le plus complet du « bon sauvage » de Rousseau. Il vit en dehors de l'ordre civil non par nécessité mais par sa propre décision, dans un milieu naturel au-delà de la loi, de la morale ou des bonnes mœurs. Pour lui, toutes les femmes sont acceptables, aussi bien Nina que la nouvelle compagne de son père. Cependant, il est généreux et, en même temps, autosuffisant. Au contraire, Nina, bien qu'elle se sente exclue de la société, cherche de l'aide et se bat sans relâche pour s'insérer et récupérer son fils. Nina et Damien représentent deux philosophies de vie opposées.
La langue, en tant que partie de la culture, joue également un rôle dans le film. Les voisins de Damien utilisent généralement un langage vulgaire, tandis que sa famille communique dans un registre plutôt familier. De son côté, l'assistante sociale utilise un langage cultivé dans ses dialogues avec Nina. Ces trois registres de langage sont assimilés aux mêmes degrés d'adaptation sociale chez les personnages qui les utilisent.
Au sein de l'environnement naturel, un autre couple d'opposés est également représenté ici : la forêt et le jardin. Dans son traité d'éducation Émile et dans son roman La Nouvelle Héloïse, Rousseau décrit le jardin à aménagement rationnel, français ou anglais, comme un lieu où la nature est déformée. Lorsque le petit Enzo parcourt les jardins du palais, son allure échevelée contraste fortement avec l'environnement soigné et ordonné des espaces verts. En revanche, il n'en va pas de même dans la forêt vierge, entourée des quatre éléments, où l'intervention de l'homme est minime. C'est ce que Gilles Deleuze appelle le "monde originel" qui n'est reconnu "qu'à cause de son caractère informe, un fond pur, ou plutôt un bassin sans fond fait de matériaux informes (...) En lui, les personnages sont comme des animaux.. .. ce sont des animaux humains." (G. Deleuze, L'image-mouvement, Paidós, 1994, p.180)
Non moins importante est la lecture politique. Versailles, plus qu'une ville, est ici un symbole de l'ascension et de la chute du régime monarchique. Le processus de croissance d'Enzo de l'enfance à l'adolescence fonctionne comme une fable des débuts de la République.
Quand Enzo demande pourquoi il devrait aller à l'école, il reçoit la réponse : « Pour la République », ce qui connote un sous-entendu au changement de régime politique promu, entre autres, par Jean-Jacques Rousseau. Son « Contrat social » est considéré comme le texte fondateur de la République française. Selon lui, la souveraineté appartient au peuple et non au monarque, et découle d'une volonté générale née de l'intérêt commun.
A l'heure actuelle, le chômage, l'exclusion, les conflits sociaux et familiaux, tout ce dont le film témoigne, met en péril le rêve d'une démocratie participative dans laquelle aucun citoyen ne devrait être exclu. À travers le personnage de Nina et de son fils Enzo, la réalisatrice propose une lutte acharnée pour récupérer les principes républicains promus pendant la révolution.
La même chose se produit dans Dernier maquis (Le dernier maqui) long métrage réalisé par l'Algérien Rabah Ameur-Zaïmeche en 2008, où le "monde originel" deleuzien est emprisonné au sein de l'entreprise. Un peu dans la lignée de El Ángel exterminador (1962) de Luis Buñuel, une situation apparemment maîtrisée se détériore lentement et irrémédiablement.

Versailles par P. Schoeller

Lake Tahoe
par Fernando Eimbcke

Le St-festin
Annelaure Daffis et Léo Marchand

Lles films primés

Lors de la remise des prix qui s'est déroulée le 10 juillet au cinéma MK2 Bibliothèque, le jury présidé par le compositeur et comédien Michel Jonasz, accompagné des comédiennes Nora Arnezeder et Marilou Berry, du journaliste et écrivain Fabrice Gaignault, et des comédiens Stanislas Merhar et Aurélien Wiik, a récompensé le Prix du Jury (Pari du Juri) à Young@Heart (2007), un long métrage réalisé par le réalisateur britannique Stephen Walker, qui a également reçu le plus de votes du public : le Prix Pari du Public.
Jeune cœur est un groupe choral de Northampton, Massachusetts qui a interprété un répertoire complet de rythme et de blues, de rock et de punk pendant 25 ans. La surprise est que l'âge moyen de la chorale est de 80 ans. Le film suit ce groupe particulier et son réalisateur lors des répétitions d'un spectacle qu'ils doivent présenter dans sept semaines.
Il s'agit du premier documentaire pour grand écran du cinéaste et scénariste britannique Stephen Walker. Avec tendresse et humour, il propose un portrait émouvant d'une génération rarement montrée au cinéma, explorant le quotidien de ces "rockers" atypiques et les interrogeant sur leur passé, leurs désirs et leurs souffrances.
Poussés par leur amour du chant, inspirés par le pouvoir de la musique, ces personnages semblent transcender leur âge et leurs corps fragilisés. A travers cette expérience musicale inédite, Jeune cœur Elle possède un charme indéniable et offre une formidable leçon de vie.
De son côté, le Prix de l'Avenir (Pari de l'Avenir) a été décerné au film Hommage, après avoir obtenu la majorité des voix d'un jury composé d'étudiants universitaires.
Hommage (2007), du réalisateur philippin Jim Libiran, se déroule dans les rues de Tondo, le plus grand bidonville de Manille. Dans cet environnement sans loi, seuls les plus forts survivent. Une nuit, Ebet, un garçon de dix ans, est témoin du meurtre d'un des membres de la tribu Sacred Brown. La nuit ne fait que commencer, mais la tension monte.
Dans ce premier long métrage de fiction, le journaliste Jim Libiran décrit un monde entre réalité et allégorie, dans lequel des membres de gangs rivaux jouent leurs propres rôles. Sur fond de musique hip-hop, Hommage observe de l'intérieur une société où la violence et la mort sont parfois la seule expression d'une jeunesse en manque de repères et de perspectives d'avenir.
Souvent comparé à La Ciudad de Dios de Fernando Meirelles, le film décrit avec une grande précision les rites d'initiation des nouveaux membres, leurs rivalités, le machisme, montrant ainsi la tragédie actuelle de la misère urbaine.
Parmi les 20 courts métrages de la compétition internationale, Les Couillus (2007), de la réalisatrice française Mirabelle Kirkland, a remporté le prix du public et La Saint-Festin (2007) d'Annelaure Daffis et Léo Marchand, a remporté le prix du jury.
Les Couillus est une comédie noire qui aborde le sujet des violences conjugales avec humour et intelligence. Comme dans un documentaire, la caméra d'épaule de Mirabelle Kirkland s'attarde sur les visages de ces hommes frustrés, révélant lentement la raison de leur présence au groupe de soutien auquel ils participent. Il s'agit d'un court métrage politiquement incorrect, joué par des acteurs convaincants.
La Saint-Festin est un court métrage d'animation pour lequel Annelaure Daffis et Léo Marchand ont utilisé des techniques d'animation telles que le rotoscope et le dessin sur papier, ainsi que des décors aussi divers qu'un cahier d'écolier, un ticket de métro et quelques prises de vue photographiques.
Le titre fait référence à une fête imaginaire pendant laquelle chaque ogre sort pour attraper et cuisiner un enfant. La chasse est ouverte mais… ces ogres ont perdu leurs dents.

Adriana Schmorak Leijnse

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